Un cerf élaphe bramant dans la forêt de Rambouillet, debout à découvert parmi les troncs, tête levée, gueule grande ouverte, tout le corps engagé dans la production d’un son. Il ne court pas et ne se bat pas. Il annonce.
La composition est horizontale et lui laisse de l’espace des deux côtés, délibérément, car un cerf qui brame a besoin de l’espace qu’il revendique. Les troncs autour de lui sont régulièrement espacés et légèrement flous, si bien que la forêt devient une colonnade plutôt qu’un fourré, et l’animal s’y tient comme quelque chose de placé dans une architecture.
La lumière est diffusée par la canopée et vient principalement d’en haut, de sorte que le dos et les bois sont éclairés tandis que le ventre et les pattes s’enfoncent dans la litière de feuilles. Le sol a l’ocre du début de l’automne, ce qui date la photographie avec précision : le brame dure environ trois semaines en septembre et octobre, et rien d’autre dans l’année ne lui ressemble.
C’est le son qui reste avec vous. Il est plus grave et plus guttural que les gens ne l’imaginent, plus proche d’un lion que de tout autre animal d’une forêt européenne, et il se propage autant par le sol que par l’air. La première fois que vous l’entendez à quarante mètres, vous comprenez très clairement que vous êtes un invité.
Je voulais une photographie d’un animal produisant un son, et d’une forêt disposée autour de lui comme si elle écoutait.
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