Un ours brun dans les Pyrénées, assis sur son arrière-train au milieu de l’après-midi, les pattes avant repliées sur le ventre comme quelqu’un qui a décidé que plus rien n’arrivera aujourd’hui. Le cadrage horizontal le maintient près du centre et laisse la broussaille se refermer des deux côtés, de sorte que l’image le retient comme le fait le flanc de la montagne : entouré, sans hâte, chez lui. Un long téléobjectif et une grande ouverture réduisent la végétation à trois ou quatre verts et gardent la netteté là où elle doit être, dans les yeux et le long du museau. Tout le reste n’est que masse et fourrure, et cela doit se lire comme de la masse.
La lumière est celle, plate et généreuse, d’un après-midi de montagne couvert, le genre de lumière dont les photographes se plaignent et que les ours préfèrent manifestement. Elle vient de partout à la fois, ne sculpte rien et n’exagère rien, et elle donne au pelage sa vraie couleur plutôt qu’une version dorée.
Ce qui m’est resté, c’est la vitesse à laquelle l’émerveillement se transforme en tendresse. On vient pour l’emblème, pour la puissance et cette vieille peur dont l’Europe ne s’est jamais tout à fait remise, et ce qu’on reçoit, c’est un animal lourd et somnolent qui se gratte le ventre et vous regarde avec un intérêt tranquille. Je voulais que la photographie porte ce renversement plutôt que la légende : un animal au repos, pas un animal en représentation.
Tirage d’art en édition limitée de la collection Skywaven Studios, disponible en plusieurs formats, papiers et options d’encadrement.







